Pastiche
Le manuscrit est éparpillé sur le sol, le corps barbouillé de notes, de ratures. Dizaines de post-it, centaines de petits papiers. Le Moleskine saigne et dévoile ses entrailles. Les idées rampent sur le carrelage comme de timides cafards. L'autopsie est en cours.
Pas une autopsie post-mortem mais une autopsie pré-natale. J'assemble ce qui sera. J'organise la matière morte. Et, tête basse dans ses tranchées, le Doute m'attend avec ses hallebardes et ses baïonnettes, prêt à répandre le feu sur ma création.
Les oreilles pleines des impros de Parker, de la voix de Palmer ou des riffs d'Ǻkerfeldt, j'interroge mes cyclopes hexapodes. Je voyage sur mes terres inventées, fais le tour du propriétaire; je vérifie tout avant la grande ouverture. Des ponts d'encres se tissent au dessus des gouffres et tout se resserre tranquillement. L'orbe prendra bientôt l'air.

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L'attente prend fin
En Février, avant de lui donner le manuscrit, j'avais assassiné presque toutes les attentes que j'avais cultivées par réflexe, par instinct. Je voulais une réponse aussi froide qu'un diagnostic.
J'ai le cœur net à présent. J'ai traversé une de mes frontières. Ce matin, un éditeur m'a dit de vive voix que j'avais du talent, que j'étais capable d'écrire. Il m'a dit que mon texte l'avait entraîné dans un de ces mondes qu'il visite rarement et qu'il y avait cru.
L'élément fort du manuscrit, c'est Le transporteur. « Avec ça, tu tiens quelque chose de très solide. »
C'est ce que j'avais secrètement espéré; en terminant cette longue nouvelle, je voyais que son squelette pouvait soutenir une musculature beaucoup plus dense et beaucoup plus complexe. Mais pour ce faire, il me fallait du recul. Ce que j'ai à présent : 4 bon mois se sont écoulés depuis mes dernières retouches.
Comme le Doc l'a fait, l'éditeur m'a donné d'encourageantes pistes pour parachever mon manuscrit bien entamer. On se concentre sur Le transporteur pour le faire passer de longue nouvelle à court roman. Je vais retourner à mes alambics car il va falloir distiller le texte et l'histoire pour leur donner une ampleur supplémentaire. Le travail, le vrai, commence enfin.

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Cité 2000
Très heureux de l'expérience vécue lors du deuxième album sur lequel j'avais traduis, adaptés et écris plusieurs lyrics, Luc Giguère était revenu me voir avec l'enthousiasme des passionnés pour me proposer autre chose.
Pour le troisième LP de Brief Respite, Luc voulait me confier l'élaboration de tous les textes, textes rassemblés autour d'un concept central qui aurait été appuyé par le packaging de la pochette. J'étais très content d'un si beau défi. Mais les choses se sont dégradées.
Luc, offensé du manque d'initiative de ses collègues musiciens, s'est brouillé avec eux avant de les quitter pour de bon. Le motivant projet qu'il m'avait présenté venait donc de se dissoudre in thin air,comme disent les Brits.
Mardi soir à Cité 2000 - le gros entrepôt dressé au pied du pont dans lequel tous les bands de métal d'ici vont pratiquer - j'ai assisté à la répète d'Exhult, un groupe de Brutal Death Metal fondé par trois musiciens exilés. Dont Luc Giguère. Les oreilles bourdonnantes, j'ai fait l'heureuse rencontre de Franck Camus (ex-Paroxysm) et de Romain Bellec (ex-Gurkkhas) les deux des nouveaux acolytes de Luc.
Luc veut toujours m'employer pour les lyrics (même si les vocals de Brutal Death rendent encore plus incompréhensibles les paroles que les vocals de Melodic Death.) Et je sens que je profiterai d'une grande latitude créatrice au sein d'Exhult.

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Impatience
Aux échecs, on ne peut jouer deux coups de suite : il faut attendre que l'adversaire joue, il faut attendre le dénouement avant de poursuivre l'action et échafauder son plan... J'attends des nouvelles de mon manuscrit et ça m'empêche d'écrire quoi que ce soit.
Dans l'attente, il n'y a que le vide puisque rien n'est vraiment tangible. On suppose, on imagine, sans que rien de réel n'émerge au devant : la suggestion flotte alentour et les mirages habillent l'espace de leurs aveuglantes couleurs. L'engourdissement cérébral assourdi l'esprit et le bruit des choses en latence rend l'écriture insipide et achromatique.
J'ai la curieuse impression d'être devenu quelqu'un d'autre, de ne jamais avoir écrit ce manuscrit, de ne jamais avoir rien écrit. J'ai l'impression que toutes ces histoires, toutes ces pages écrites appartiennent à un double qui entre et sort du réel par les miroirs ou par les portes restées entrouvertes. Plus l'attente est longue, plus cette partie de mon identité - celle qui écrit - semble s'éloigner, comme l'épave que l'on abandonne finalement pour regagner la civilisation.
Lorsqu'on attend, on ne peut agir. Et lorsqu'on ne peut agir, on disparaît.
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How happy is the human soul not enslav'd by dull control...
-The Chemical Wedding, Bruce Dickinson
Entre 2 pages de Neverwhere et après avoir jeté sur l'écran cathodique mon millier de mot quotidien, je vais surfer la vague numérique, sans trop d'espoir disons, du côté d'ironmaiden.com. Je me demande encore s'ils feront une escale à Montréal -le Québec étant encore l'un de leurs plus gras terreaux de fans- même si toute autre date au Canada est bookée et sold-out depuis belle lurette. Hé bien, oui, Maiden s'en vient, au Parc Jean-Drapeau en plus, headlinant la première édition d'un nouveau festival metal.
Mais la vraie bonne nouvelle, c'est le lancement du trailer officiel de Chemical Wedding, un film série-b écrit par Bruce Dickinson, dans lequel on assistera à la réincarnation d'Aleister Crowley. Peu de temps après le lancement de son album The Chemical Wedding(1998), ouvertement inspiré par les écrits de William Blake, Mister Dickinson avait pitché et scénarisé l'idée du film avant qu'elle ne soit -comme beaucoup d'idée- rangée sur une tablette poussiéreuse. Le film sort au mois de mai, en Angleterre. Je doute qu'il ne se rende jusqu'ici, mais bon.
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- Posted by:HellRider
- in:États d'âme
Cadeau d'anniversaire
Il voulait d'abord m'offrir Ubik mais les œuvres de K.Dick demeurent approximativement trouvables. Sur une étagère de librairie, on peut dénombrer 5 copies de Blade Runner (Est-ce que les androïdes rêvent de moutons électriques?) et zéro de, tiens, L'homme dont toutes les dents étaient semblables. N'ayant pas trouvé le titre en question, le Doc avait opté pour autre chose. J'avais à moitié deviné ce que c'était. Un mois plus tôt, un livre l'avait littéralement jeté à terre - et pour dégeler le Doc, ça prend une maudite de maudite bonne droite - et il n'avait cessé de m'en parler. Mais en plus d'être mon cadeau d'anniversaire, ce livre recelait une révélation qui me serait explicitement démontrée. Le Doc me l'avait donné pour une raison précise.
Je viens de terminer American Gods de Neil Gaiman, et moi aussi, je viens de recevoir une puissante droite sur la mâchoire. Je ne suis pas intimidé, non. Je suis simplement rassuré. Écrire du fantastique intéressant, c'est encore possible. Je viens de lire le premier de mes contemporains qui jouit d'une renommée mondiale en écrivant de l'excellente littérature fantastique, du réalisme magique. Et ça me rassure : le fantastique n'est pas encore mort, pas encore, car quelques uns savent renouveler le genre.
Merci au Doc pour cette réconfortante découverte.
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- in:États d'âme
Un petit peu de gloire

Même si une nomination ce n'est pas un lauréat, c'est mieux qu'une claque sur la gueule.
Les Histoires Incrédibles ont été retenues en nomination pour le prix du meilleur livre au gala Expozine 2007:ça m'a fait un petit velour, surtout en cette période particulièrement avare en bonnes nouvelles.
Merci encore à Edouard H. Bond, Mélanie Baillairgé et Marlène Paquin ainsi qu'à Martin Ouellet, Alexie Morin, J-P Morin, Patriq Chénier et Anthony Naglaa pour avoir rendu ce livre possible.
Merci aussi aux organisateurs d'Expozine de monter à chaque année cette foire du fanzine, de donner l'occasion d'exposer à tous ceux qui le veulent plutôt que de choisir - comme d'autres - leurs exposants.
Et évidemment, merci à tous ceux qui se sont procurés l'objet.
En ce moment, une simple nomination me fait autant de bien que si j'avais gagné le prix.
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Territoires du Nord-Ouest
Grâce à Mylène Archambault, les Histoires Incrédibles et le Porte-Abîme 3 ont foulé le sol de Yellowknife. Quelques copies des 2 publications sont maintenant disponibles au Squatterz Books & Curiosities pour la niche de francophones qui bravent l'Hiver des hivers, là-bas dans le vrai Nord.
Merci à tous ceux qui se sont procurés des Histoires Incrédibles: il ne m'en reste presque plus!

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- in:Journal de production
La rogne
Le décompte final; 17 299 mots. Demain lundi, le Transporteur trouvera son deuxième lecteur officiel : le Doc. C'est lui qui m'aiguillonnera. Qui me dira si c'est de la merde ou si ça vaut le coup. Qui me pointera les failles et qui me donnera - si ça vaut son pesant d'or - une bonne claque dans le dos.
Qu'importe le destin de ce texte, je me remettrai sous peu à l'écriture d'un projet de longue haleine que j'ai suspendu il y a plus d'un an. Je m'y remettrai pour le Doc - mais aussi pour moi - car il m'a redonné foi en cette histoire.
J'ai lu les critiques qu'a reçu le livre de Ed. 2 des 3 me prouvent que le Québec n'acceptera jamais d'enfanter un Gautier ni un King ou K. Dick, ni un Vonnegut, non plus un Lovecraft & encore moins un Gaiman. Ce sont souvent ces auteurs qu'on aime confiner à une littérature périphérique qui nous obligent par leurs métaphores du réel à fouiller les tripes de notre âme à la recherche du mystère, qui bousculent en elle par une imagerie sauvage les questions viscérales de son essence; ce sont eux qui nous emmènent sur les frontières du connu pour tout remettre en question, de façon rationnelle ou spirituelle.
Ici on s'obstine sur l'emplacement de la virgule, on s'acharne sur l'histoire sans cesse répétée de l'adolescence ou sur l'écologie du réel.
Nos écrivains de genre, ceux qui sont établis, sont des caricatures. Les autres, les low-profile, lorsqu'ils revendiquent parole - comme Ed - se font rabrouer par des critiques qui comparent les oranges aux pommes ou bien ils doivent - comme Pat - infiltrer les rayons de littérature générale pour supplanter le préjugé.
Des auteurs attendent en marge de la scène pour vous dévoiler leurs mondes; daignez donc les entendre! Et là, je ne m'adresse pas aux lecteurs.
Ne vous leurrez pas, tout se passe dans les coulisses.
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Le dernier souffle / The Final Draft

Ça y est, l'histoire sur laquelle je planchais depuis près de 7 mois semble enfin terminée. Il ne reste qu'à resserrer quelques nœuds et elle pourra encaisser ses premières lectures.
C'est durant le funeste mois juillet dernier que l'idée initiale du Transporteur m'est venue. Au départ, je ne croyais en faire qu'une toute petite histoire. À force de mettre au cendrier les textes fondateurs de cette grosse nouvelle, j'ai littéralement largué les amarres pour retourner naviguer sur mes eaux de prédilections, soit celles de la longue fiction. Maintenant, Le Transporteur pèse 15000 mots et clôt mon projet de recueil de nouvelles. Mais il semble traîner sur le milieu une ombre maudite en ce qui concerne la nouvelle. À en croire les lettres de refus d'un ami, les maisons d'éditions se mettent d'accord pour dire que la nouvelle, c'est out. Hé bien, j'ai une alternative. Ce n'est pas un recueil de nouvelles que j'ai écrit, mais un recueil de récits. Et là, j'aiguise ses dernières arêtes avant de propager ses spores.
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